Heureusement !

 

Heureusement que la campagne est toujours là,
Parmi nous, dans nos têtes,
Toute proche, dans nos cœurs,

Toute l’énergie qui circule,
Près de moi, dans la rue,
Ne m’apporte que désabusement,

Tous ce qui y vit et y bouge,
N’est que mort,
Qui se précipite,
À toute allure,
Dans la fosse commune,

Les regards sans étincelle,
Les miroirs de vie éteints,
Sans reflets, ni joie, ni couleurs,
Le blanc mortuaire déteint partout,
Mais surtout dans les visages,
Dans tous ces visages en cage,
Qui s’éternisent à croire qu’ils existent,

La fausseté est la bannière,
Sous laquelle ils marchent,
D’un vide sourire complice,

Sans savoir,
Que c’est eux qu’ils faussent,
Que c’est eux qu’ils répugnent,

Et ainsi va la vie,
Pour des centaines de gens penauds,
Comme des rides,
Qui plissent sous le poids du temps.

Wart,  16 juillet 1981